La nécropole gallo-romaine des Sables à Châtelaillon (Denis Briand)
A la fin du XIXe siècle, Georges Musset, parallèlement à ses fouilles de sépultures médiévales sur le promontoire du Vieux-Châtelaillon, mit au jour un petit cimetière gallo-romain. Nous regrettons fortement que plus d’informations ne nous soient parvenues. De facto avec la quantité indigente d’occurrences bibliographiques, il est aujourd’hui assez difficile de parler de ce site pourtant ô combien digne d’intérêt. Nonobstant, nous avons tenté de faire le point en apportant, notamment, des précisions sur l’emplacement, la configuration et l’importance de cette nécropole.
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Localisation du site.
Localisation du site.
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Avant tout, il nous faut rectifier une confusion géographique qui perdure depuis plus d’un siècle autour de ce fameux cimetière gallo-romain. En effet, l’appellation des Sables, allouée à la nécropole par son inventeur, créa rapidement une méprise avec le lieu-dit de Saint-Jean-des-Sables. Avec le temps et face à la discrétion (ou l’imprécision) des notes manuscrites et des comptes-rendus de G.Musset, d’aucuns ont entretenu ce flou, faisant alors la part belle au raccourci facile entre les deux toponymes. Camille Gabet, lui même, lit par deux fois «Cimetière de Saint-Jean-des-Sables» alors que les documents qu’il consulte mentionnent, tout simplement, «Cimetière des Sables»(75). L’emplacement exact du site demeure pour autant assez simple à déterminer. En conjuguant patiemment plusieurs sources, nous avons réussi à le replacer sur la carte. La première information à retenir pour le situer est évidemment l’extrait du rapport de l’érudit, paru dans le bulletin d’une société savante (76) et dans lequel G. Musset écrivait : Nous avons eu la bonne fortune de trouver aussi un cimetière gallo-romain. Ce dernier n’est plus sur le coteau, mais bien dans les sables, sur le bord d’un chemin qui partant du castrum devait se diriger vers l’Isleau ou Aytré ou Angoulins. Ailleurs (77), il précisait encore : les souvenirs de l’époque gallo-romaine se retrouvent dans le curieux cimetière que nous avons découvert dans les sables, auprès du coteau. Ensuite, une demande d’autorisation de fouilles auprès du maire d’Angoulins (78) de l’époque - pièce épistolaire de février 1887 - nous apporte un peu plus de précisions : Des découvertes successives ont permis de déterminer l’emplacement d’un cimetière gallo-romain sur un terrain appartenant à la commune d’Angoulins. Ce terrain est l’ancien chemin aujourd’hui abandonné de la côte au chemin de grande communication de Nuaillé à la mer, non loin du coteau de Châtelaillon (79).
Ce chemin est donc l’actuelle rue G. Michaud qui file depuis la plage (L’éperon) en direction du Haut-Rillon. C’est là, dans les sables, avant le lotissement balnéaire, que nous plaçons le cimetière. Confirmant cette déduction, nous avons retrouvé dans le vrac des folios de la liasse de notes de G. Musset, une petite carte sur calque, non titrée et sans légende, mais où figure un petit repère cruciforme. La croix indique, un emplacement que l’on donnera être celui de la nécropole. Notons encore que l’assiette de ce chemin est établie suivant la crête du cordon de sable et de galets que nous évoquons à diverses reprises dans cette publication. La datation de la nécropole, précisée ci-après, nous permet d’affirmer l’antiquité de cette voie déterminant, de facto, une formation antérieure du cordon dunaire. La toponymie du tracé renforce cette hypothèse car la voie se calque sur un «chemin vert» puis un «chemin rouge» appellations typiques et qui suggèrent bien une origine gallo-romaine. Enfin, signalons deux tessons de sigillée, certes résiduels et qui furent découverts par E. Léal dans une prospection en bordure de ce chemin au lieu dit la Petite Borde (80).
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Ce chemin est donc l’actuelle rue G. Michaud qui file depuis la plage (L’éperon) en direction du Haut-Rillon. C’est là, dans les sables, avant le lotissement balnéaire, que nous plaçons le cimetière. Confirmant cette déduction, nous avons retrouvé dans le vrac des folios de la liasse de notes de G. Musset, une petite carte sur calque, non titrée et sans légende, mais où figure un petit repère cruciforme. La croix indique, un emplacement que l’on donnera être celui de la nécropole. Notons encore que l’assiette de ce chemin est établie suivant la crête du cordon de sable et de galets que nous évoquons à diverses reprises dans cette publication. La datation de la nécropole, précisée ci-après, nous permet d’affirmer l’antiquité de cette voie déterminant, de facto, une formation antérieure du cordon dunaire. La toponymie du tracé renforce cette hypothèse car la voie se calque sur un «chemin vert» puis un «chemin rouge» appellations typiques et qui suggèrent bien une origine gallo-romaine. Enfin, signalons deux tessons de sigillée, certes résiduels et qui furent découverts par E. Léal dans une prospection en bordure de ce chemin au lieu dit la Petite Borde (80).
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Sépultures et mobilier
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Levés par G. Musset lui-même, deux petits schémas
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radicalement différents, donnent deux configurations. Pour certains, il s’agit du même cimetière. Malgré le bilan indigent qui nous est livré par les archives, il est bien plus raisonnable d’attribuer une extension au premier champs de morts, voire d’envisager un second cimetière, au-delà même de la première emprise de fouilles.
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.En 1885, G. Musset donne l’unique descriptif que l’on connaisse (81). Dans cette courte analyse, nous lisons que la nécropole est caractérisée par des sépultures en plein sable, sans trace de bière, la plupart orientées. En reconstituant les deux plans, nous pouvons ajouter que 26 sépultures sur le site I, ainsi que 17 pour le site II, soit 43 au total, composent la découverte. Nous remarquons, toujours d’après les schémas, que seules deux auges (Site II) et un caisson fait de pierres levées (Site I) divergent des autres sépultures, où les corps reposent ensevelis directement dans le cordon littoral. Le site I présente une configuration ramassée en forme de rectangle. A contrario, le site II montre des inhumations en une ligne Ouest - Est, sauf pour quatre qui sont perpendiculaires à cet axe.
Concernant le mobilier, la laconique communication indique : les ossements sont accompagnés de vases en terre rouge ou grise ou de verre, quelques uns forts jolis de pâte, de couleur ou de forme ; plusieurs d’entre eux, à mouchetures jaunes sur fonds rouges, rappellent un peu les vases trouvés si fréquemment dans les sépultures poitevines. Cette poterie doit provenir d’une fabrication saintongeaise. Une sépulture, contenant un squelette placé dans une position anormale bien qu’horizontalement, était accompagnée d’objets en cuivre ayant dû faire partie de son ajustement, et d’un petit silex à forme régulière provenant vraisemblablement d’un briquet (82).
Nous pouvons recenser un minimum de treize vases complets et six assiettes. Ce quantitatif est sûrement loin d’être exhaustif. Les poteries laissent soupçonner, sans mal, plusieurs types très caractéristiques de céramiques gallo-romaines. Les vases en terre rouge font évidemment penser à de la sigillée, ceux de terre grise évoquent la CCG et dans celles ornées de mouchetures jaunes sur fonds rouge ainsi que dans le vase à l’étoile, nous reconnaissons les fameuses céramiques à l’éponge. Une courte lettre (83), datée de novembre 1887, signée «de Villefosse» et à l’adresse de G. Musset, continue de nous renseigner sur les poteries trouvées. Nous lisons: «Deux lignes à la hâte pour vous dire que j’ai vu, hier, au musée de la Société des Antiquaires de l’Ouest, une série de poteries trouvées par le père De Lacroix dans les fouilles de Poitiers. C’est absolument identique à ce que vous avez découvert à Chatel-Aillon (...) venez voir cela on y remarque de nombreux fragments de vases rougeâtres avec des espèces de disques solaires jaunâtres comme vous m’en avez montré. Une confrontation des vases avec les poitevins serait ainsi éloquente. Il faut savoir que C. De Lacroix a découvert un fabuleux site gallo-romain surnommé «la nécropole des Dunes» à Poitiers même, sur un plateau qui surplombe la rive droite du Clain. Dans les communications données, l’érudit date ses découvertes du IVe siècle de l’ère chrétienne. Cette datation, par comparaison, serait tout à fait confirmée par les deux monnaies trouvées par Georges Musset «sur la bouche des inhumés» (84). Ces petits bronzes situent en effet, les deux inhumations dans la seconde moitié du IVe siècle. Nous donnons, pour terminer (fig. ci-dessous), un fragment de céramique graffitée et dessinée dans la lettre de Villefosse. Il nous renseigne, sans doute, sur le prénom d’une défunte inhumée dans la nécropole.

Graffite incomplet en caractères latins cursifs dans lequel P. Duprat lit «Callista vivat», c’est à dire «que Calliste vive!» ou «Vive Calliste!». Le nom féminin Callista est dérivé de Callistus, un nom masculin assez fréquent en Gaule romaine.
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Notes
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(75) C. Gabet, Notes sur l’histoire de Châtelaillon, in RSA, t. II p. 47 et d’après des folios du Ms 2613 à la MMCLR.
(76) Musset, Sépultures..., op. cit.,pp. 340-341.
(77) G. Musset, Les ports..., op. cit., p. 245.
(78) Châtelaillon est alors rattaché à Angoulins
(79) Ms 2613 à la MMCLR.
(80) E. Léal, La Petite Borde, DFS de sondage d’évaluation, AFAN, 1998.
(81) G. Musset, Sépultures..., op. cit.
(82) idem.
(83) Ms 2613 à la MMCLR.
(84) Découverte numismatique - cimetière de Châtelaillon, in RCAM t. XI p. 238.
(76) Musset, Sépultures..., op. cit.,pp. 340-341.
(77) G. Musset, Les ports..., op. cit., p. 245.
(78) Châtelaillon est alors rattaché à Angoulins
(79) Ms 2613 à la MMCLR.
(80) E. Léal, La Petite Borde, DFS de sondage d’évaluation, AFAN, 1998.
(81) G. Musset, Sépultures..., op. cit.
(82) idem.
(83) Ms 2613 à la MMCLR.
(84) Découverte numismatique - cimetière de Châtelaillon, in RCAM t. XI p. 238.
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extrait du livre de Denis Briand
Angoulins-Châtelaillon, Traces et vestiges du passé
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